Wool War One


WOLL WAR 1 

Janvier 





Bon. 

On ne peut plus faire marche arrière. 

Au Délit, quand on se retourne et qu'on voit tous ces gens, armés jusqu'aux dents d'aiguilles 2 qui trépignent pour faire la guerre, on a un petit peur. On ne peut plus se carapater à toute berzingue. 

Il a fallu deux jours. Deux jours pour avoir dix fois, cent fois plus de volontaires qu'on imaginait possible d'en intéresser au départ, quand l'idée de la Wool War a germé dans notre tête. 

On a essayé de répondre à tout le monde. parce que toutes les lettres étaient chouettes. C'était pas facile, il y avait vraiment vraiment beaucoup de gens. 

On a reçu plein de photos de grand-pères moustachus, plein d'histoires de gens taiseux.

On nous a proposé du saucisson, du tabac, des sous, des timbres, des parrainages bienveillants, des logos, de l'aide logistique... 

On a reçu des lettres de partout en France. Des lieux dits et de Paris. De hameaux où il n'y a pas de noms de rues et du campus de Microsoft. D'Italie, du Royaume Uni, d'Allemagne, de Norvège, du Danemark, de Suède, d'Espagne, du Portugal, de Belgique, du Québec, du Canada, des Etats Unis, du Ghana, du Sénégal, d'Autriche, de Suisse... 

Des lettres qui parlent de tricoter dans un quartier d'Accra "juste au-dessus du bidonville" ou à deux autour d'un thé le jeudi. 

Des lettres de gens qui écrivent pour d'autres qui n'ont pas Internet, des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes.  

Il n'y en a pas une, dans toutes ces lettres, qui ne racontait rien. Même pas les plus laconiques, celles qui se contentaient d'un "je veux bien la faire, cette Wool War", elles racontaient des histoires de famille ou des histoires mondiales. 

Et là, au Délit, on s'est dit mais mince, cette guerre-là, un an pour essayer de comprendre comment elle résonne chez tout le monde, ce ne sera pas trop. 

Et puis, on s'est dit aussi qu'à tous ces gens qui nous ont emboîté le pas sans rien demander, on leur devait un petit plus d'explications. Nous, au Délit, on voudrait savoir ce à quoi on apporte notre contribution. On voudrait être sûr que ce que racontera cette affaire au final, ça nous aille. 

On ne veut pas trop en dire, sur le résultat final, parce qu'on est sûr que l'idée de départ va s'enrichir des histoires individuelles  au fur et à mesure que l'armée commencera à exister. Ca a déjà commencé d'ailleurs. L'idée a déjà évolué et d'autres ramifications ont déjà commencé à pousser. 

Ce sera une grande armée minuscule. 

On sait à peu près bien ce qu'elle ne sera pas. 

Pas une reconstitution en costume d'époque.
Pas un truc où on fait la maligne pour faire rire. Pas de ricanements. pas de cynisme. 
Pas un truc triste non plus. On ne va tout de même pas passer un an à pleurer. 
Pas un record pour le Guiness Book. C'est pour ça qu'on a décidé qu'on ne donnerait de chiffres sur rien ,  sur combien vous êtes, sur la taille de l'armée en jersey,  sur le nombre d'heures passées à croiser des fils. Ce n'est pas l'essentiel et on ne voudrait pas que ces chiffres qui donnent un peu le tournis éclipsent le reste, ce qu'on veut raconter. 
Pas une performance.
Pas une glorification de la guerre, pas une histoire de vainqueurs et de vaincus, de batailles


Pour ce que ce sera, c'est plus compliqué à expliquer. 

Ce sera une histoire d'hommes envoyés au casse-pipe et une histoire de femmes qui prennent leur place  avec leurs aiguilles. 

Grosso modo, ce qu'on racontera au final, c'est une histoire de lien.

 Le fil, c'est parfait pour le lien. Lien entre 1914 et 2014, un lien entre des petits-enfants, des arrière-petits-enfants, des arrière-arrière-petits-enfants et des photos d'hommes moustachus 
Un long fil de cent ans, un fil qui peut aller de Seattle à Roubaix, en passant par Pontypridd, Bordeaux, Biescheim, Mirefleurs, Lisbonne... 
Un fil qui relie des hommes et des femmes qui n'ont rien à voir les uns avec les autres, tous très différents. 

On va mettre un S à lien, tiens. Tellement de liens (sans compter tous ceux qu'on oublie) ça mérite bien un S. 
Donc ce sera une histoire de liens. 

Et puis une histoire de tendresse. Un check tendre adressé aux moustachus par-dessus cent ans et des milliers de kilomètres 

Donc une histoire de tendresse.

Sans S.

C'est ça qu'on veut faire de tous ces petits morceaux tricotés qu'on va recevoir. 

Ha mais oui, on est d'accord. C'est flou. 

C'est pour ça que c'est bien. Parce que c'est flou. 

Inutile, infaisable, beau et flou. 

C'est parfait.

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Pour l'organisation, on a aussi décidé qu'on allait le faire comme on savait. 

Mal. 

On est confiant. La désorganisation, le bazar, le flou, on maîtrise. 

Trust us. Au final, ça finit toujours par fonctionner. 

Pour l'instant, on a terminé les enrôlements. On a dû refuser plein de monde et constituer une armée de réserve. On n'aime pas ça, au Délit, refuser l'entrée. 

On attaque la phase Paquetages et Feuilles de route. On répartit les casques, les musettes, les vareuses...

Vendredi, on va dévaliser notre dealer de laine qui a un peu ouvert des grands yeux incrédules derrière ses lunettes papillon dorées quand on lui a dit combien de pelotes il nous fallait. 

Toutes ces pelotes, on va les mettre dans des enveloppes et écrire les adresses dessus.

Dès que cette phase sera terminée, on préparera nos petites affaires pour aller dormir au Musée Magique et entrer jour et nuit toutes vos adresses dans l'ordinateur, pour que Monsieur Fedex vous apporte vos paquetages. 

Entre temps, on va organiser un cyber-camp de base (sans doute sur Ravelry) pour que vous puissiez y échanger entre volontaires, y poser les questions qui pourraient vous venir, on va embaucher les gens qui se sont portés volontaires pour être agents de transmission. On va répondre à celles qui ont imaginé un logo comme un coquelicot à la boutonnière Internet. des volontaires. Répondre aux autres aussi, pour le saucisson et le tabac. 

Et là, on devrait être opérationnels. On espère que fin janvier, tout le monde aura son paquetage. 


Par moments, on a un éclair de lucidité et on se demande mais pourquoi tout ça? 

Sans doute parce que c'est infaisable, inutile, beau et flou.


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WOOL WAR ONE 

Avril 14 


Bon. 

La guerre en laine. 

Cette chose  à mille mains. Cinq mille doigts. 

Plus de sept millions de mailles. 









Sept millions de mailles, c'est pas encore suffisant pour que chaque maille puisse raconter une vie. 


Des tas de vies minuscules qui se racontent pendant que les mains s'agitent. 

Celle du grand-père du Chemin des Dames qui avait gardé un ticket de métro dans la poche de sa vareuse pour rentrer chez lui. Et qui est rentré. 

Ou la vieille lettre toute chiffonnée de Victor Geoffray qui n'est pas rentré.




 Il écrit à Elise, Victor

Ma toute chérie, 

Je veux te dire avant tout que j'espère que cette lettre ne te parviendra jamais. Elle doit ne t'être remise que lorsqu'il sera constaté que j'ai succombé. Je n'ai pas peur de la mort, mais je désire ardemment vivre, pour toi - pour vous.  Je songe au chagrin affreux que tu aurais si je devais ne pas revenir ... Nous sommes prévenus qu'avant peu nous attaquerons en grand... Mais les coups frappent à tort et à travers et il se peut donc que sois tué ... 

Victor, il écrit aussi Tu dois aussi te figurer que notre ancien bonheur n'est plus, qu'il est démoli. 

Ou l''histoire  de l'arrière grand-oncle, un gamin terrifié, à la fin d'une permission, sur le quai de la gare, qui supplie qu'on ne le laisse pas repartir à cette boucherie et qui remonte dans le train. 



Du coup, on tricote. Sans arrêt. Tout le temps. 







Comme des morts-de-soif, on tricote. 

On n'est pas triste, il faut pas croire. Grave, oui, mais pas triste. On rit beaucoup. On se donne des rencards dans des bistrots. 

Mais n'empêche, on n'oublie pas le plan. 

Faire de tout ça une oeuvre d'art. Immense et minuscule. Une vraie. Dans un vrai musée. 

Mettre de la poésie dans tout ce fatras d'histoires minuscules et tristes. 

C'est ça le plan.




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WWOL WAR ONE 

MAI 14 




Bon. 

Depuis le début, on le sait que ça ne va pas être facile facile. 

Depuis qu'au Délit, on est allé chercher des bouts d'histoire du côté de la Somme, on en est sûr.

Ca ne va pas être facile. 

Est-ce qu'on va y arriver, juste avec du fil, à mettre de la poésie là-dedans, dans tout ce fatras de croix, de stèles, de noms, ces pierres, ces alignements qui prennent tout l'espace? 

Parce que c'est ça qu'on veut raconter.

Juste avec du fil.






















On a beau avoir décidé qu'on n'allait pas passer l'année à pleurer, il y a des fois où les images te mettent des petits coups à l'estomac qui font piquer les yeux. 

Du coup, on s'y remet, on tricote. 

En espérant qu'on arrive, au final, à mettre de la poésie dans tout ce fatras. 


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Thanks guys...











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WOOL WAR ONE 

Le Chinese Labour Corp 





Bon. Au début, on n'y connaissait presque rien à cette histoire de guerre.

Plus on la fouille, plus on la tricote  cette histoire de guerre, plus il y en a. Des pays, des gens, des histoires.

Et plus on fouille, plus on la tricote et moins on comprend.

On a beau lire et réfléchir, la logique qui  a amené 843 des 140 000 Chinois du Chinese Labour Corp, 843 hommes de la province du Shandong, à 8700 kilomètres environ de la France à venir mourir dans la Somme, cette logique-là, elle nous échappe encore. On cherche une raison valable. Pas moyen. On ne trouve pas.

A un moment, au milieu de cette folie furieuse mondiale, il y a quelqu'un quelque part qui s'est dit que puisque la Chine ne voulait pas envoyer de soldats, pas grave, elle enverrait des travailleurs. On allait prendre des paysans du Shandong, on les mettrait dans un bateau pour traverser le Pacifique, puis un train pour traverser le Canada, puis un deuxième bateau pour traverser l'Atlantique. Bon, on en perdrait en route, de malaria ou de folie, mais à l'arrivée, il en resterait encore bien assez. Le quelqu'un, il s'est dit aussi que ce qu'il faudrait faire, c'est parquer ces paysans dans des baraquements à l'écart des soldats et des civils et, vu la barrière de la langue,  les faire travailler à coups de triques. Le quelqu'un, il s'est dit que ce qui serait bien, ce serait de les payer 1,50 franc par jour pour faire tourner les usines d'armement, suer dans les mines ou nettoyer les champs de bataille, ces endroits pleins de morts, d'obus et de barbelés.

Au milieu de cette folie furieuse mondiale, de l'assassinat d'un archiduc à 843 stèles de paysans du Shandong  dans la Somme, la logique de cette histoire de guerre, elle n'est pas très facile à saisir.




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And the 

WOOL WAR ONE 

goes on 



Les Spahis. 


Ne pas oublier les Spahis. 

C'est peut-être le plus dur dans cette guerre en laine, n'oublier personne




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WOOL WAR ONE 

Sortie des tranchées  






Bon. Ben voilà. 

Quasiment on y est. 

De là, quand tout a commencé, à maintenant, quand il ne manque plus que quelques bataillons, quasiment on y est. 

On a quasiment fini la guerre. 

On le savait du départ,c'est infaisable la guerre en jersey. C'est trop triste. Il y a trop de monde. Il y a trop de morts. Il faut trop de casques et de musettes. C'est trop difficile d'en sourire, de la guerre. C'est pas possible. C'est absurde. 


Quatre millions de mailles. 

C'est beaucoup trop. 

Ca voudrait dire que chaque maille, c'est deux morts. C'est vertigineux et ça fait peur. 

Quatre millions de mailles plus tard, dix mille heures plus tard, ça se confirme. C'est absurde, c'est vertigineux et ça fait peur. 

Et on a quasiment fini. 


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WOOL WAR ONE 

L'Indian Corp 









Bon. 

En août 1914, c'était un peu plus compliqué que prévu la guerre. Les Britanniques étaient embêtés. La retraite de Mons en Belgique avait été un peu catastrophique et il n'y avait plus assez de soldats à envoyer u front. Le temps de remobiliser, on manquait de vivants pour remplacer les morts. 

Il y a un vice-roi, quelque part en Inde qui a trouvé une solution à ce problème bien embêtant. Le Penjab. La solution, c'était Penjab. Ce qu'on allait faire, c'est mobiliser des milliers d'Indiens, leur mettre un uniforme, leur donner un fusil et les envoyer en France. Le vice-roi trouvait cette solution très pratique. Petit un, économiquement, c'était plutôt un bon plan. Petit deux, politiquement, c'était aussi un bon plan. Envoyer les soldats à des milliers de kilomètres du Penjab, ça réduisait les risques de soulèvement militaire dans la région. Pas de militaires, pas de soulèvement militaire. Le vice-roi a trouvé que son plan était vraiment un bon plan. Bon, il n'y avait pas de vêtements chauds pour eux. Mais ça restait un bon plan. 

A New Delhi, les noms des milliers de morts de l'Indian Corp sont gravés sur l'India Gate. 

C'est vraiment grand comme monument.



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C'est fini. La guerre est finie.


On n'a plus qu'à vous donner rencard à La Piscine, à Roubaix, tout là-haut, dans presque pas de jours.

Il n'y aura pas de vernissage, pas de tralala, pas de majorettes, pas de fanfare. On va juste poser là l'armée en laine, dans un coin caché du musée. En cherchant bien, vous la trouverez.

On va juste la poser là, sans trop d'explication parce qu'on parie sur l'idée que le visiteur égaré saura comprendre et qu'après tout, il en fera ce qu'il voudra .

Au Délit, avec les centaines de personnes qui ont rendu ça possible, on sait qu'on est allé au bout du bout. Forcément pas assez, mais ça n'aurait jamais pu être assez. Neuf millions quoi. On sait.

On sait plein de choses.

On le sait que c'est du tricot. De la laine. Pas du marbre. Pas du bronze. pas la plus petite trace de matériau noble.  Avant même que l'armée ne soit posée, on les a entendues, les remarques. Et on s'en fiche.  A un point que vous n'imaginez même pas. La guerre, ce n'est pas noble. C'est une affaire de petites gens. Partout, tout le temps. Avant et maintenant.

On les as vus, avant même qu'on ait sorti les gens en laine des cartons où ils attendent sagement l'heure de défiler, on les as vus, les gens arc-boutés pour garder fermée la porte du sérail derrière laquelle on entend  tonitruer les voix autorisées à commémorer. On a envie de les rassurer. De leur dire de ne pas s'inquiéter. Que de toute façon, on n'a jamais eu envie d'entrer nulle part.

La seule chose qu'on a eu envie de faire, depuis le début, c'est raconter.

On a voulu raconter un bout de l'Histoire; la grande, et on a été submergés par les histoires minuscules qui étaient tapies derrière. Comme un raz-de-marée de désolation.

On ne sort pas indemne d'une guerre. Un an de tranchées, d'histoires tristes, de gueules cassées, de cynisme absolu des commanditaires de ce massacre mondial, ça fausse un peu la vision et il faut du temps après pour accommoder le regard sur le reste, la vraie vie.

Ce qu'on en a retiré de ces millions de mailles? De la tendresse, une tendresse infinie envers ceux des deux camps, de la Somme, du Chemin des Dames, des Dardanelles... Et de l'amertume aussi. Devant chaque monument aux morts, à chaque fois qu'une commémoration de cette guerre se termine par un hymne national, n'importe quel hymne, il y a de l'amertume. Un adagio, celui de Samuel Barber, ça aurait été mieux. Et de plates excuses aussi. La reconnaissance du mensonge plutôt que la glorification d'un sacrifice imposé. Pour ne pas perpétuer ce mensonge à l'infini. Un excusez-nous, on préfèrerait. A chaque fois.

On vous le dit, c'est pas demain la veille qu'on sera prêt à rerigoler du cynisme et de la médiocrité. Il va falloir un sas de décontamination. Et encore...

Dans le musée où ils vont défiler, on a choisi de la mettre en veilleuse, de se taire. La seule phrase qu'on ait voulu y voir, c'est celle de Rudyard Kipling  : "Si quelqu'un veut savoir pourquoi nous sommes morts, dîtes-leur: parce que nos pères ont menti"


(Sauf le nôtre, de père. Il mentait pas. Lui aussi, il était tout petit. Minuscule et immense.  Il a choisi de nous fausser compagnie au milieu de cette histoire de guerre, de père et d'enfants et de tout ce bazar de laine, inutile et dérisoire, En grande partie c'est à lui qu'il est dédié, ce bazar. Aux neuf millions de  gars et à lui.)

Voilà.

C'est tout.

See you soon.



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Note de bas de rang 

Rudyard Kipling 







Bon. Pourquoi Rudyard Kipling, on nous a demandé plein de fois. 

Alors...

Rudyard Kipling, au début de la guerre, c'est déjà un auteur connu reconnu, admiré, respecté. Un Prix Nobel de littérature en 1907, le Livre de la Jungle, des nouvelles, des poèmes. Une référence. Quelqu'un qu'on écoute. 

Au début de la guerre, il fait partie du Bureau de la Propagande de Guerre où il se donne du mal pour inciter les jeunes Anglais à partir en guerre. Engagez-vous, rengagez-vous, il leur dit. Il croit dur comme fer à ça, la patrie, le sacrifice, l'engagement viril,  tu seras un homme ... Il ne ménage pas sa peine pour qu'ils partent par milliers, les jeunes Anglais, défendre la cause qu'il croit être la plus juste, la seule défendable. 

Et puis voilà que John, son fils unique (qu'il appelle Jack), le centre de sa vie, celui pour qui il a écrit If, ce John-là est réformé deux fois pour myopie. 

Ca, chez les Kipling, ce n'est pas possible. Pas pensable. Quand on est anglais, quand on est un homme, quand on est Kipling, en 1914, on s'engage, on se rengage. 

John a dix-huit ans. Il aime les boîtes de nuit, les parties de campagne dans le Sussex, il aime les voitures, les motos. Il n'aime pas trop trop lire, mais  écouter les histoires que son écrivain de père lui raconte, ça oui, il aime Jack. Il aime les mondanités, le cricket, les choses pas très importantes. 

Heureusement que Rudyard est une personnalité, qu'il a des relations. En intervenant auprès de Lord Roberts, le commandant en chef de l'Armée Britannique, colonel des Irish Guards,  il réussit à faire enrôler John. 

 Rudyard est rassuré, son fils sera un homme. 

Et c'est comme ça que six semaines après ses dix-huit ans, John est mort à Loos en Gohelle. La dernière fois qu'il a été vu, c'était au deuxième jour de l'attaque et John-Jack qui aimait le cricket et les mondanités  hurlait à l'agonie. Un obus lui avait explosé le visage. 

Toutes les certitudes de Rudyard Kipling ont explosé le même jour. Jusqu'à sa mort en 1936, il a cherché partout à Loos les traces de son fils. Sa montre, sa plaque, les témoignages de ceux qui auraient pu le voir, n'importe quoi qui pourrait lui donner des nouvelles de son John-Jack. Il n'a jamais trouvé. 

Have you news of my boy Jack ? When d'you think that he'll come back? Has anyone else had word of him? 

Jusqu'en 1936,il a traîné ses tonnes de culpabilité et de responsabilité en Artois, au milieu de la plaine où étaient morts Jack et tous ces hommes qui l'avaient écouté. Engagez-vous, rengagez-vous, il leur avait dit, et ils l'avaient écouté. 

Voilà. 

C'est pour ça Kipling. 





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2 commentaires:

  1. Bonjour quelle est la date de création de votre œuvre s'il-vous-plait?

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  2. Quelle émotion !
    L’idée de départ et les pensées qui ont accompagné cette superbe réalisation sont d’une telle humanité.
    La réalisation de chaque personnage … elle est au-delà des mots !
    Ils sont la beauté anonyme, muette et douloureuse ; on les sent pensant , vivant … pour combien de temps ? … les tricoteuses ont des mains d’or !
    Leur « mise en scène » coupe le souffle. Je ne les ai pas vus en vrai mais les photos sont très éloquentes.

    Et votre texte , c’est une vraie page d’Histoire des hommes. L’histoire des hommes et des femmes au quotidien. L’Histoire de nous . Il me bouleverse à chaque fois que je le lis .
    Merci

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