jeudi 29 novembre 2018

L'Adieu aux Armes 
Et l'Adieu tout court 

Bon. C'est le moment des au revoir. Et sûrement le moment aussi le moment du billet de blog le plus long du monde. 

Lundi ça a été démobilisation de la Wool War One. A quelques jours près cinq ans après le début de cette bizarre histoire du Délit Maille, après ce jour où on s'est dit Tiens on va tricoter le monde.

Pendant 5 ans, on a enchaîné les mailles endroit, les mailles envers. C'était géant. Tirer sur un fil pour raconter tout et n'importe quoi, faire naître un personnage à partir de juste un bout de fil, triturer la matière, se piquer les doigts, modeler en grimaçant le truc obtenu jusqu'à ce qu'il ressemble un peu à l'image qu'on avait en tête, rêver le décor, le construire, embarquer tout ce petit monde dans nos poches pour aller les photographier là où on pourrait se dire que c'est exactement ĺà qu'il fallait aller, là et pas ailleurs. Raconter dix mille histoires insignifiantes et minuscules à partir d'un bout de fil, ça a été fantastiquement bien. 

Se laisser inspirer par n'importe quoi et se dire qu'il y avait une histoire à raconter. 

Un Moaï sur la plage de Dunkerque où la lumière était juste parfaite 



S'approprier les Liaisons Dangereuses et prendre le train avec dans les poches des marquises empoitrinées et des galants emplastronnés parce que à part à l'Opéra de Paris nulle part on ne pouvait raconter cet embrouillaminis de conspirations amoureuses 


Embarquer Woody sur le Paris-New York parce que. 




Le retour de la neige et sans chercher à savoir pourquoi accepter l'idée que c'était le décor idéal pour un Karl Marx. Les cheveux sûrement.


Tricoter le foot 



La musique 



Etre en colère et tricoter Trump


Revoir Forrest Gump pour la millième fois et donc se tuer les doigts sur le jacquard de la chemise à carreaux. 



Ecouter la radio, Sur les Epaules de Darwin, et savoir qu'on ne serait tranquille que quand on l'aurait fait. Donc le faire. 





Pendant 5 ans ça aura été ça. L'impression d'être libre de tout raconter comme on voulait le raconter. En mode no limit. Avec juste du fil. Plus de 300 choses parfois bancales, parfois pas, sans trier, sans hiérarchiser. 

Et terminer par un truc  infaisable. Raconter un moment d'histoire du monde, une espèce de lien funeste qui lie les Hommes partout dans le monde encore 100 ans après. Laisser l'Histoire aux historiens et se concentrer sur les histoires minuscules. 
Les minuscules hommes pendant la gigantesque première guerre mondiale.  

Avoir la chance de croiser, incognito, des visiteurs et à les entendre, se dire que ça le fait. Qu'on a réussi à raconter ce qu'on voulait raconter. 

Etre conforté dans cette réassurance en voyant les photos d'un photographe très très doué dans l'objectif duquel il y a très exactement ce qu'on rêvait que les gens voient, au-delà du jersey envers. 

( les sublimes photos de la WWO sont de Cedric , sur Instagram @unautreg et sur Twitter @UnAutreG )












Accepter (encore et encore) de se laisser embarquer dans cette aventure participative en forme de bouquet final jusqu'à la disparition de l'oeuvre. 


Boum. Plus rien. Juste le souvenir. 

Il faudrait des mercis. Plein. Cent fois par jour, un nom ou un pseudo qui surgit, dans un coin de la tête, d'une personne à remercier. Parce qu'à un moment ou un autre on l'aura croisée et qu'elle aura contribué d'une façon ou d'une autre à écrire cette chose. 

Vous êtes beaucoup trop. On va en oublier. Des précieux, des discrets, des hyperactifs, des restés anonymes, des militants, des foncierement gentils, des drôles, des avec qui on vit et des qu'on n'a jamais vus, des célèbres et des anonymes, des hyperdoués de la tête ou des mains ...

C'est beaucoup trop risqué cette affaire de mercis. Quand bien même on réussirait à la faire cette liste sans oublier personne, il faudrait encore savoir dans quel ordre présenter tous ces gens comme s'il y avait une hierarchie. 

Non. 

On ne va pas le faire. 

On va juste vous adresser un merci collectif oú chacun prendra sa part. Mais un merci immense pour être sûr qu'il y en ait pour tout le monde. 

Donc merci.

Et au revoir vu que c'est la fin de la Wool War et du Delit Maille.

C''est le point final de cette drôle de parenthèse artistique et humaine.

Ca aura été très fantastique.

Pour un final qui ait de l'allure et pas triste du tout, un dernier petit Ziggy



That's all folks. Bye. 

vendredi 26 octobre 2018

Du sens

Du sens


Donc on y est. La vraie fin du projet Wool War One. 

Ils défilent à Souchez près de Lens, au pied de Lorette, juste à côté de Vimy. 




C'est exactement comme on voulait que ce soit et là où on voulait que ce soit. 

La dernière chose qu'on voulait, c'était que jusqu'au bout ça ait du sens. 

La Wool War One parle de mémoire, de transmission, de partage, d'universalité, de liens. 

La fin qu'on a imaginée aussi.

A partir d'aujourd'hui, les 781 soldats de laine sont mis en vente. La totalité des sommes récoltées sera reversée à Médecins Sans Frontières. Parce que zones de conflits armés, parce que "sans frontières" , parce que assistance, parce que quoi. Et parce qu'on y voit un prolongement plein de sens à ces milliers d'heures de travail d'anonymes du monde entier. 

Transfigurer la guerre. C'est ce qu'un visiteur de l'exposition à la Piscine de Roubaix avait dit. Que la Wool War transfigurait la guerre. Cette fin-là, elle achèvera la transfiguration. 

Concrètement, chaque soldat est vendu 30 euros (intégralement reversés) + 5 euros de frais d'envoi. Aucune commission n'est prélevée par personne.
Il n'y a pas de possibilité de choisir la nationalité du soldat, pour rester raccords avec l'idée d'universalité qui a animé ce projet. 

Il y en a 781 en vente. Pas un de plus. 

On espère tellement qu'à la fin, le 11 novembre, il ne restera rien d'autre que le souvenir de cette guerre en laine et que quelque part dans le monde, MSF transformera tout ça en un geste d'humanité.  Cette transfiguration-là irait au-delà de nos espérances. 

L' adoption des soldats se fait sur la plate forme web du musée Lens 14-18, Centre d'Histoire Guerre et Paix, sous l'onglet Informations Pratiques, Accès et Tarifs. 


http://lens-1418.tickeasy.com/fr-FR/accueil

https://memorial1418.com/fr/informations-pratiques/


Et après le 11 novembre, c'est la fin de la guerre et la fin du Delit Maille.  Ce que sera cette fin ne dépend  plus de nous mais des gens. Ca tombe bien, les gens, on les aime bien. 

Merci à tous !

jeudi 16 août 2018

La fin de la guerre

La fin de la guerre 







En 2014, on a commencé à tricoter la guerre. La Grande Guerre, mais en tout petit. On a demandé de l'aide à 500 anonymes du monde entier. 
Il a fallu un an. Des millions de mailles, des kilomètres de fil, des centaines d'échanges pour coordonner tout ça, des rencontres aux 4 coins de la France pour aboutir à la Wool War One. 

La Wool War One, ce sont 781 soldats de laine de 21 nationaltés parmi celles engagées dans le premier conflit mondial. Des soldats sans arme, des soldats anonymes qui avancent par rangs de 5, en une longue procession accablée de 16 mètres, comme une interminable tranchée qui dit l'humain, les vies dévastées, le gâchis. L'absurde. 

La WWO est allée raconter cette histoire-là d'abord dans le sublime Musée de la Piscine de Roubaix, puis à Londres, puis au Grand Palais à Paris, puis à Montréal, au Musée des Beaux Arts.

Et là, c'est la fin. La WWO va raconter cette histoire-là une toute dernière fois au meilleur endroit qui soit. Sur les champs de bataille du bassin minier, là où les vrais soldats sont tombés il y a 100 ans. Au centre d'Histoire Guerre et Paix de Souchez, au pied de Notre Dame de Lorette et de l'Anneau de Mémoire. Face à un mur de verre avec au loin les terrils jumeaux de Loos en Gohelle.

La WWO rentre à la maison, là où la terre porte les stigmates des deux guerres.

La boucle sera bouclée. 

Sauf que pas tout à fait. Depuis le début, on a voulu que tout cela ait un sens. 

Alors, on a décidé que la WWO disparaitrait le 11 novembre 2018. Le 11 novembre 2018, sur les champs de bataille, on démontera la colonne de laine. Un à un, les soldats seront détachés de leur socle, pourqu'ils repartent aux 4 coins du monde. 

Ils seront vendus un à un. Les 781. De la WWO, il ne restera que le souvenir. 

Tout l'argent récolté ira à Médecins sans Frontières. Jusqu'au dernier centime. 

Comme ça, les millions de mailles tricotées, ces kilomètres de fil permettront peut-être de sauver une vie, juste une, une victime des guerres actuelles, ces guerres tout aussi absurdes, abjectes et folles que celle de 14-18.

Peut-être

Comme ça, toute cette histoire aura du sens jusqu'au bout. 

-------------------

Les modalités de la vente seront précisées très bientôt. Elle ne débutera qu'à l'ouverture de l'exposition, le 15 septembre. 
Et d'avance, on remercie du fond du coeur tous ceux qui permettront que la fin soit belle.