jeudi 24 septembre 2015

4595 mercis

4595 mercis




Vous avez été 4595 à passer les portes des Galeries Nationales du Grand Palais à Paris pendant  les journées du patrimoine 2015.

4595 quoi.

4595 à monter l'escalier sous le regard sévère du grand Pablo, comme un écho à la thématique Poilus. Lui immense, nous tout petits.




4595 à vous être déplacés pour écouter l'histoire en jersey qu'on voulait vous raconter.

Le moins qu'on puisse faire, c'est bien de vous remercier.

C'est parti.

Merci au Grand Palais qui a reçu l'armée de laine avec prévenance,  attentions, bienveillance et professionalisme. La scénographie juste parfaite, l'armée seule, silencieuse, au centre d'un espace dégagé, éclairée par les vitres immenses du palais,  sans que rien ne vienne parasiter l'histoire qu'elle raconte. Aussi silencieuse que les tombes alignées,  aussi grave.
Des coussins au sol comme une invitation à s'asseoir, à prendre son temps.
A distance, sur de grands panneaux aux couleurs fanées, les clés de lecture de cette chose étrange en jersey endroit. Et des conférenciers passionnants et passionnés pour mettre des mots et faire vivre tout ça. En coulisse, un fantastique travail auprès des scolaires avec la rédaction d'un dossier pédagogique remarquable.  Des ateliers pour enfants, des tablettes interactives ... Pour tout ça et bien plus encore merci.

Merci aux personnes, qu'elles aient pu venir ou pas, qui ont accepté de nous suivre dans cette affaire, de se débrouiller avec l'organisation et les explications un brin nébuleuses, de tricoter, tricoter, tricoter pour au final faire de toutes ces mailles une histoire cohérente à mille mains. Merci. Infiniment.

Merci aux enfants des écoles, même les pas sages. Parce qu'ils mélangent toutes les guerres, parce que leur grand- mère elle aussi elle fait des trucs avec des bâtons en fer, parce qu'ils demandent au guide si lui aussi il a fait la guerre, parce qu'ils trouvent que le malheur c'est comme les sacs, lourd à porter, parce qu'ils secouent la main très vite en trouvant que neuf millions, c'est vraiment beaucoup, et parce que des fois, ils arrêtent de se pousser, ils se couchent au sol et approchent un doigt d'un minus riquiqui soldat pour le toucher délicatement.  Avant de se remettre à se pousser et de rigoler. Merci.

Merci aux gens qui ont accepté de se pencher au sol, pour dépasser le seul nombre et aller y voir de plus près.
Merci à ceux qui ont soufflé et souffert pour se relever et qui ne nous en ont pas voulu.

Merci à tous ceux qui ont raconté des petits bouts de leur histoire à eux, que la Wool War a réveillés.

Merci à ceux qui pensaient voir la nef, qui ne l'ont pas vue, qui ont renoncé à tout casser pour se pencher sur les mailles, sont restés, nous ont posé trois milliards de questions et  sont ressortis même pas furieux.

Merci aux Canadiens, Turcs, Anglais, Allemands, Belges, Italiens, Vietnamiens, Africains, Marocains, Algériens,  Chinois, qui ont parcouru lentement l'armée en cherchant les leurs, comme à l'anneau de mémoire de Lorette où chacun cherche les siens.

Merci à tous ceux qui ont fait le lien entre cette cohorte silencieuse et d'autres cohortes de gens qui n'ont plus rien, emportés par une folie furieuse.

Merci au visiteur aveugle qui a découvert l'armée avec ses mains et du coup nous l'a fait découvrir autrement.

Merci à la Mission du Centenaire qui promène dans ses poches des soldats en laine un peu partout dans le monde pour que l'on puisse raconter la même histoire plus loin, encore et encore.

Merci au Musée de la Piscine où le projet a pris corps et où  la Wool War a mis un beau bazar.

Merci à FedEx,  à l'Association pour la Mémoire des Chemins de Fer, aux Amis de la Piscine

Merci à notre marraine la bonne fée. Ne lui en déplaise, on continuera à lui hurler merci dans les oreilles à chaque fois qu'on en aura l'occasion.

Merci au journaliste de la Voix du Nord qui a suivi l'affaire depuis le début,  qui est venu à Roubaix puis à Paris et qui a pris les photos qu'on n'a absolument pas eu le temps de prendre.
Elles sont là et elles sont très belles.


Merci à l'ado qui est sorti en grommelant que c'était tout pourri et qui nous a fait beaucoup rire.

Merci à tous ceux qui nous ont compliqué la tâche pour des raisons obscures, qui ont espéré qu'on se casse la binette et qui ont renforcé notre détermination à mener ce projet au bout du bout de ce qui était possible.

Merci aux gens qui sont sortis du monde virtuel pour venir voir IRL

Merci à Caroline, Muriel, Charles

Merci à Isabelle,

Merci à Hervé,  Marion, Louise, Adèle,  Jeanne

Merci à Renaud, Sylvette, Sophie, Pauline, Maria, Sylvaine,  Nicole, Élisabeth  ...

Bon en fait, 4595 mercis, c'est pas possible. C'est trop et c'est effrayant d'oublier quelqu'un.
N'empêche.



Merci.

jeudi 10 septembre 2015

Il y a 100 ans et maintenant


19 et 20 septembre 2015

Grand Palais 

Paris







Après la Piscine à Roubaix et avant de partir bientôt défiler hors des frontières, très très loin,  les 780 (et un) soldats de laine font une halte au Grand Palais à Paris les 19 et 20 septembre 2015.

Il n'y a rien qu'on n'ait pas dit là-dessus. Parce qu'on est allé au bout de tout ça.

Au moment de poser l'armée de laine dans une chambrée de l'hôpital militaire qu'était le Grand Palais il y a 100 ans, il y a des choses qu'on a écrites à son propos qui prennent aujourd'hui une résonnance particulière.

Quatre millions de mailles. C’est beaucoup trop. Cela voudrait dire que chaque maille, équivaut à deux morts. C’est vertigineux et ça fait peur.


On le sait que c’est du tricot. De la laine. Pas du marbre. Pas du bronze. Pas la plus petite trace de matériau noble. La guerre, ce n’est pas noble. C’est une affaire de petites gens. Partout, tout le temps. Avant et maintenant.

A coups de pied de biche, à 500 appuyés contre le mur, avec les talons, on a essayé de faire entrer de l'humanité dans trois brins de laine. On a enlevé tout ce qui était accessoire, inutile. On a débroussaillé à la machette, à la sulfateuse, pour ne laisser que l'essentiel. L'humanité.



Un défilé silencieux, l'humanité, des gens, juste des gens embarqués dans une folie furieuse qui n'en a rien à faire des frontières et qui nous renvoie  à notre responsabilité collective, il y a cent ans et maintenant. 




Infos
http://www.grandpalais.fr/fr/magazine

Dossier pédagogique (très fantastique)
http://www.grandpalais.fr/fr/article/wool-war-one-le-dossier-pedagogique