samedi 14 février 2015

Redifff : Lascaux in Love




 Lascaux in love







































Peut-être à bientôt les gens pour des choses terribles manigancées par des gens terribles

Ou pas 

On verra

Allez, on retourne dans notre cachette


jeudi 5 février 2015

Démêle tout ça (Part Two) Tricote ton trésor



DEMELE TOUT CA 

Part two  
et très fantastique nouveau projet
Tricote ton Trésor



Donc, en attendant, maintenant que c'est fini, on fait quoi ?

Le monde, la politique, on n'a toujours pas envie. Il ne nous fait pas rire en ce moment. Ca reviendra peut-être, mais là, il n'y a pas moyen. 

On a envie de beau, pour changer. De pas triste. 

Et on a trouvé. 


On va tricoter un trésor. 


A Lille, quelque part dans les sous-sols de la Médiathèque, dans une cave climatisée, à taux d'hygrométrie contrôlé, enfermé derrière des portes blindées, il y a un trésor. Qu'on ne manipule qu'avec des gants blancs et en évitant de trop respirer. 

Une chose sublime, un manuscrit enluminé du 14è siècle, qu'on croirait neuf, avec des rouges, des bleus, des ors comme s'ils avaient été peints hier. Au centre, des choses écrites en latin qu'on ne comprend pas, et tout autour, sur chaque page, un minuscule bestiaire fantastique sorti de l'imagination d'enlumineurs illuminés. 








Des oiseaux à tête d'homme, des singes avec des fichus roses sur la tête, des dragons et des griffons, des chouettes aux yeux exorbités, des taupes perplexes, des chauve-souris pleines d'effroi, des bateleurs, des sirènes, des licornes, des lévriers, des ours, des loups, des renards en cape noire, des gens qui sortent de coquille d'escargot, des femmes étranges à grosse tête, des pourpoints orange, des haut de chausses en or ... 

Voilà. C'est ça qu'on va faire. 

On va tricoter le trésor de Lille. 

On va faire sortir du vieux manuscrit caché tous ces animaux fabuleux. On va tricoter des griffons, des dragons, des singes, les extirper du grimoire, leur faire faire un petit tour au 21è siècle.

Comme un Jumanji mais à Lille, en laine et en tout petit. 




Première ébauche de singe








On ne sait pas le faire. On va essayer, faire, défaire, recommencer, jusqu'à ce qu'on soit satisfait. Avec des gens de Lille qui en ont envie, qui aiment l'idée de tricoter un livre, un trésor, et des choses bizarres. On démarre samedi et on a hâte de voir vers quoi on va. *


Quand on aura terminé, vers l'automne, on espère qu'on aura réussi à faire revivre le trésor. 

C'est parti. 

On va tricoter des enluminures du 14è siècle.

Et on est rudement content.


(* Il reste encore quelques places, mais pas beaucoup et c'est à la Médiathèque Jean Levy de Lille qu'il faut s'adresser. )




Démêle tout ça (Part One)




DELIT MAILLE 

Démêle tout ça
Part One 




Bon.

Alors. On en est où?

Il y  a un an, on avait décidé de faire une pause dans le tricotage du monde, de la petite comédie humaine qui se joue en bas, avec ses portes qui claquent, ses gens profondément choqués, ses clapotis politiques et tout et tout. On avait besoin d'air, envie d'autre chose. On avait bien rigolé (et on rigole encore en regardant en arrière) mais on avait envie d'autre chose.

Alors du coup, on s'est dit que ce qu'on n'avait qu'à faire, c'est un truc infaisable, le truc où tu es sûr de te casser la margoulette, histoire d'en finir une bonne fois pour toute avec cette histoire de tricotage, mais avec panache.

On a décidé qu'on tricoterait un truc pas drôle du tout. On a fait le pari que peut-être on pouvait essayer de voir s'il y avait moyen de transfigurer l'horreur en une chose poétique et humaine, avec les seules choses  à notre disposition, la laine et deux bouts de métal et avec aussi des gens.

On l'a fait. A 500, on a passé des milliers d'heures à raconter cinq ans - un minuscule bout d'Histoire-  en se demandant ce qu'il pourrait bien ressortir de tout ça.

A lire toutes ces histoires tristes de boue et de rats, on a peu à peu ressenti monter la pression. C'était un pari au départ, un jeu, un défi (est-ce que c'est possible de fédérer des gens autour d'une chose inutile?), c'est devenu une nécessité impérieuse. on n'avait pas le droit de se louper. De toutes ces mailles, il ne fallait pas qu'il ressorte un truc mignon, joli, croquignolet. Il fallait que ce soit bien plus que du tricot, que de la laine. Il fallait réussir à raconter quelque chose qui raconte neuf millions de vies.

Pendant un an, on a écouté l'Adagio de Barber, en se disant que ce qu'on voulait à la fin, c'est quelque chose qui raconte en laine ce que Barber a raconté en notes.

Pas moins.

Et on l'a fait.

Avec acharnement, à 500, on a passé dix mille heures à insuffler de force tout ce qu'on a trouvé d'humanité,  de poésie dans trois brins de laine.

En dépit de tout.

Avec rage quand la planche sur laquelle on avançait tout de guingois était en permanence savonnée. Comme une révolte des gueux.

Avec détermination. Raconter juste. Pas trop. Pas pas assez. Juste.

Quand il y a tout juste un an, notre père s'est fait la belle, on a su qu'on irait jusqu'au bout de ce truc de fous. Que ce n'était pas des savonnettes ou la fatigue, ou trop de tristesse qui nous arrêteraient. Parce que ce qu'on racontait, c'était une histoire de liens, de pères, de fils, de générations. Que c'était important d'aller au bout du bout.

Ce qu'il en reste maintenant, c'est une petite armée de fantômes de laine qui avance sur la coursive qui surplombe le bassin de La Piscine à Roubaix. Une armée minuscule et dérisoire, des soldats de laine qui avancent accablés, avec dans leurs sacs riquiqui des tonnes de choses indicibles.

Mardi, on y est encore retourné. Pour regarder les gens qui regardaient. Pour voir si on avait réussi à raconter.

On dirait bien qu'on a réussi à raconter.

On croyait du coup que l'histoire était terminée.

En fait on dirait que non.

Parce qu'au bord du bassin, à côté de l'armée accablée, il y a eu des gens qui ont eu envie que cette histoire, on la raconte à d'autres, hors des murs du Musée, après, plus tard, et qu'on raconte aussi les 500 gens pas en laine embarqués dans cette chose.

 Nous, ça nous va. Raconter, on n'aime que ça.

On verra.








(Part Two à suivre)