jeudi 27 mars 2014

Wool War One. Avril 14




WOOL WAR ONE 

Avril 14 


Bon. 

La guerre en laine. 

Cette chose  à mille mains. Cinq mille doigts. 

Plus de sept millions de mailles. 









Sept millions de mailles, c'est pas encore suffisant pour que chaque maille puisse raconter une vie. 


Des tas de vies minuscules qui se racontent pendant que les mains s'agitent. 

Celle du grand-père du Chemin des Dames qui avait gardé un ticket de métro dans la poche de sa vareuse pour rentrer chez lui. Et qui est rentré. 

Ou la vieille lettre toute chiffonnée de Victor Geoffray qui n'est pas rentré.




 Il écrit à Elise, Victor

Ma toute chérie, 

Je veux te dire avant tout que j'espère que cette lettre ne te parviendra jamais. Elle doit ne t'être remise que lorsqu'il sera constaté que j'ai succombé. Je n'ai pas peur de la mort, mais je désire ardemment vivre, pour toi - pour vous.  Je songe au chagrin affreux que tu aurais si je devais ne pas revenir ... Nous sommes prévenus qu'avant peu nous attaquerons en grand... Mais les coups frappent à tort et à travers et il se peut donc que sois tué ... 

Victor, il écrit aussi Tu dois aussi te figurer que notre ancien bonheur n'est plus, qu'il est démoli. 

Ou l''histoire  de l'arrière grand-oncle, un gamin terrifié, à la fin d'une permission, sur le quai de la gare, qui supplie qu'on ne le laisse pas repartir à cette boucherie et qui remonte dans le train. 



Du coup, on tricote. Sans arrêt. Tout le temps. 







Comme des morts-de-soif, on tricote. 

On n'est pas triste, il faut pas croire. Grave, oui, mais pas triste. On rit beaucoup. On se donne des rencards dans des bistrots. 

Mais n'empêche, on n'oublie pas le plan. 

Faire de tout ça une oeuvre d'art. Immense et minuscule. Une vraie. Dans un vrai musée. 

Mettre de la poésie dans tout ce fatras d'histoires minuscules et tristes. 

C'est ça le plan.



lundi 10 mars 2014

Wool War One. Mars 14



WOOL WAR ONE 

Mars 14


Bon. 

Des nouvelles du front. Plein de nouvelles. 

Tous les bataillons sont en ordre de marche. Tous les paquetages sont arrivés. Ca tricote partout.

Les tirailleurs sénégalais et le bataillon de l'Empire Britannique ont rejoint les troupes. Au Délit, on travaille sur la formule chimique magique de la bonne couleur de peau des tirailleurs. Essais en cours.

Les soldats allemands, qui étaient dans la même boue, les mêmes tranchées, avec les mêmes poux, les mêmes rats et la même peur au ventre rejoignent les autres cette semaine. On a juste quelques petits  détails à régler avant de les photographier.

Plus quelques autres qui viendront en renfort plus tard.

On a déjà reçu des tonnes d'enveloppes pleine de vareuses, de casques, de chaussures, de bretelles, de pantalons, de musettes...

Les liens en laine, c'est une affaire qui roule. Les liens en vrai, entre tous les engagé de cette armée, ils commencent à vraiment se tisser.

Aujourd'hui, première séance photo. Chez des soeurs franciscaines. Si. Et non, on n'en dira pas plus.

Demain, café en terrasse avec une tricoteuse en goguette à Lille.

Le 22 mars,on rencontre les volontaires du Nord assez fous pour nous suivre dans ce projet. Curly, Banga, photos, aide logistique aux tricoteurs en perdition, fourniture de munitions à ceux qui ont mangé toute leur pelote et qui ont encore faim, plan de bataille. Ca va être bien. Tous les détails de cette rencontre secrète seront donnés soit par mail si vous vous manifestez sur @delitmaille@gmail.com, soit dans les deux bistrots fréquentés par les volontaires (Ravelry ou Facebook)

Le 5 avril, la même chose à Paris. On n'a pas encore fixé le lieu et l'heure, on a plusieurs pistes à explorer. (Que les enrôlés parisiens tentés par un bon verre de Banga se manifestent par mail. )
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Pour les autres coins de France et de l'étranger, on continue notre recherche de riche mécène. On a trois raisons un petit peu sérieuses d'espérer que cela puisse se faire. On continue à y travailler. Mais mais mais, si à la fin de cette semaine on n'a pas avancé, on croit bien qu'on va aller voir du côté d'un kisskissbankbank. Parce qu'on n'est vraiment pas décidé à renoncer à cette idée de rencontrer les tricoteur-teuses, vu que c'est une idée qu'on adore. Avec ou sans mécène, on le fera.  Avec, ce serait mieux tout de même.

On est tout confus, au Délit, de ne pas pouvoir répondre à tous les gens qui veulent rejoindre la Wool War. Tous ces gens qui lèvent le doigt en criant Moi moi moi et à qui on n'a pas le temps d'envoyer un petit mot pour leur dire que non, vraiment, ce n'est plus possible, qu'il y a déjà beaucoup de monde, ça nous fend le coeur.

Le chouette article sur la guerre en laine dans le Point

Un autre dans Lille Mag

 France5 qui est rudement intriguée par tout ce bazar. (on vous dit bientôt)

Et d'autres petits trucs dont on parlera quand on en aura démêlé toutes les ficelles

Donc, en fait, la Wool War One, l'air de rien, elle commence à être rudement belle. Un peu brouillonne, on est d'accord, mais belle.

Vous pouvez arrêter de tourner votre index contre votre tempe.