vendredi 17 juillet 2015

POINT D'ETAPE



DELIT MAILLE 

POINT D'ETAPE


Bon. Alors.


On dirait qu'on ne fait rien

Sauf que non. 






Petit un, on prépare l'armée de laine pour son grand voyage de septembre, pour les Journées du Patrimoine 2015. Les paquetages à distribuer, les musettes à fermer, les pans des vareuses à remonter, les casques à remettre d'aplomb, les godillots à lacer...Emmener les 780 soldats de la Wool War One jusqu'au Grand Palais, c'est un petit peu de travail. On aurait bien vu un défilé derrière la fanfare sur le Pont Alexandre III, mais on va faire plus simple. On va juste les installer le long d'une coursive du Grand Palais et raconter 780 histoires minuscules. Ce sera mieux. 

On a repéré les lieux et rencontré les guides-conférenciers qui vont accompagner les visites ces deux jours-là. On les a bien senti un peu sceptiques quand on a commencé à leur raconter la Wool War, un peu perdus quand on a essayé d'expliquer les choses qu'on avait en tête, les soldats de l'empereur chinois, les tranchées, la marche accablée, la laine qui figure de loin la terre fouillée et ravagée, le dérisoire et le tragique. Pendant qu'on parlait, une petite voix essayait bien de nous dire de faire plus simple, plus concis, qu'on était juste incompréhensible avec nos histoires de guerre mondiale en laine sans armes, nos impressions de cimetières militaires, ces milliers de tombes et cette sensation étrange en arpentant les allées pleines de gamins d'ici et du bout du monde, de chaussettes tricotées qui prenaient l'eau dans les tranchées, on leur a parlé des tricoteurs du monde, de la Norvège à l'Australie, de Dunkerque à Bonifaccio, la petite voix nous disait qu' on allait les perdre les conférenciers, avec tout ce bazar embrouillé , ... Et en fait non. Ils n'étaient pas perdus, les conférenciers. Ils étaient même  attentifs, penchés en avant , les mains sur les genoux, à écouter et écouter, ou affairés à griffonner sur leur bloc Exacompta toutes ces choses décousues qu'on leur racontait. Quand ils ont dit que ces histoires-là, ils avaient vraiment envie de les raconter aux visiteurs de ces jours-là, qu'ils allaient mettre tout leur talent de guide au service d'un truc en laine, quand on les a vus touchés et prêts à prendre leur place dans cette nouvelle étape de cette bizarre étrange expérience de tricoter la guerre à mille mains, on a encore une fois trouvé cela très étrange, très étonnant, mais très bien. On leur a confié tout notre bidule les yeux fermés. On sait qu'ils feront ça très bien de raconter.

Quand les 780 seront prêts, que les vacances seront terminées, quand la date du défilé approchera ( 19 et 20 septembre au Grand Palais à Paris), on reviendra vous redonner rendez-vous. On sera prêts . 





Petit deux, on coud de la peau de dragon en jersey pour Lille 3000.





 Mais ça, on en parlera en septembre, après la marche sur Paris. On a encore beaucoup à faire, des mètres de peau grise, des photos de licornes évadées, des lettrines brodées, des centaines d'écailles, des hybrides échevelés et des femmesà grand front, des entrelacs floraux médiévaux...  Là aussi, on sera prêts. 

Si, on sera prêts. 

On n'a pas trop le choix en même temps. Il faut qu'on soit prêts. 


Petit trois, on essaie de toutes nos forces de tenir loin loin loin de nous la nouvelle idée de truc étrange qui peu à peu germe dans un coin de notre tête. Qu'on sait qu'on ne fera pas, 
C'est trop grand, trop infaisable, trop n'importe quoi. On sait qu'on ne l'appellera pas la Cité radieuse et qu'on ne passera pas deux ans à le faire. Vu la croissance exponentielle des images qu'on a en tête, c'est pas gagné qu'on arrive à ne pas le faire. 

En attendant, on part en vacances, sans laine, sans aiguilles, sans Internet. Au fond d'une forêt. Bien cachés.
 Et si on commence à avoir un petit peu trop peur de toutes ces choses qu'il reste à faire et de comment les gens vont trop nous lapider à coups de pelotes de laine en septembre et octobre, on construira une cabane et on restera là à manger des baies sauvages et boire l'eau des ruisseaux, seuls et hirsutes pendant les cinquante prochaines années, à se dire que dehors, après la forêt, toutes ces affaires de Grand Palais et de dragons, c'est vraiment effrayant et que c'est mieux de rester là bien planqués. 

Bonnes vacances les gens.