vendredi 8 mai 2015

WOOL WAR ONE TOUR




WOOL WAR ONE TOUR 










Alors, vous vous rappelez ? Tricoter la guerre. C'était ça l'idée. Le rêve d'une grande armée minuscule, comme les soldats d'argile de l'Empereur Qin, une armée sans armes. Au début, juste des petits croquis griffonnés, tout moches, les petits schémas des vareuses, les enveloppes, les livreurs de chez Fedex, les gens qui s'impatientent de ne rien recevoir, les centaines de pelotes de laine dans l'ateier, les Woolstocks à Bollezeele, Lille, Roubaix, Bordeaux, Lyon, Marseille, Nantes, Paris, les bistrots  squattés, les millions de mailles, et puis peu à peu, tout ça qui devient  autre chose. 

A force de lire, de parcourir les allées des cimetières militaires, de voir défiler des photos sépia de moustachus, de voir trembloter des images d'archives de types terrés comme des rats dans les tranchées, des images de de no man's land hérissés de barbelés et de corps, on a su ce qu'on voulait faire. 





Transfigurer la noirceur. Ne garder de cette guerre que l'humain, juste l'humain. En jersey, raconter silencieusement l'histoire de neuf millions d'anonymes du monde entier emportés par la folie mondiale. Et que cette histoire, elle soit racontée par mille mains d'anonymes des générations suivantes. 

En laine, on ne savait pas si c'était possible. A 500, on ne savait pas si c'était possible. 

Et puis ça a fini par exister et par nous retourner le coeur quand on l'a enfin vue au sol du musée. 




Donc oui. En laine, on peut transfigurer la noirceur et raconter l'humain.

Ca aurait pu s'arrêter là. 

Sauf que non. L'histoire continue. 

Parce qu'en route, on a rencontré des gens très fantastiques. Des gens opiniâtres, entêtés, acharnés, qui ont décidé que cette histoire-là, il fallait aller la raconter partout, parce qu'elle était l'histoire de tout le monde. 
Parmi ces gens et ces lieux, il y en a des fabuleux qui nous ont demandé de taire leur nom, donc on tait, et puis il y a la Mission du Centenaire , qui nous avait décerné une jolie médaille en labellisant le projet mais qui a fait beaucoup plus en portant à bout de bras la suite de cette bizarre histoire d'armée en laine. 

Des voyages lointains ou pas lointains se dessinent pour la Wool War One, mais on va commencer par le premier  de tous. Parce que le premier est vraiment très beau et plein de sens. 

Alors 

En septembre 2015, pour les journées du Patrimoine, on emmène les gars dans un des plus beaux monuments de France, qui a été un hôpital militaire pendant la Première Guerre Mondiale, où on les rafistolait comme on pouvait avant de les renvoyer en premère ligne. On a beau le savoir, le cynisme de la guerre n'en finit pas d'être étonnant. 

Ils n'auraient sans doute pas imaginé ça, les paysans, les ouvriers, les anonymes, que leurs arrière-arrière-petits fils et petites filles déploieraient une énergie pareille pour forcer la porte des palais et raconter leur histoire. 

Du 17 au 20 septembre 2015, on emmène les Poilus, les Belges, les Bersaglieri, les Allemands, les Turcs, les Russes, les Néo-Zélandais, les Australiens, les Américains, les Spahis, les Tirailleurs sénégalais, les  Chinois, les Annamites, les Anglais, les Ecossais, les Terre Neuviens, les Canadiens là



Si. 
Au Grand Palais à Paris
On leur déroule un petit tapis rouge pour un hommage humain et tendre dans un cadre démesuré, aussi grand qu'eux sont petits, aussi royal qu'eux sont gueux. Des colonnades gigantesques où défilera la dérisoire marche accablée. 

Pas sous la nef, ils s'y seraient perdus, mais dans ce qui était, il y a cent ans, une chambrée. Un endroit qui porte la mémoire des hommes. Juste comme on voulait que ce soit. 

C'est ça la première étape, et on la trouve très belle et bouleversante. 

On sera vraiment content, au Délit, si cette histoire vous avez envie qu'on vous la raconte aussi.